Énergies renouvelables: après la chute des valeurs «vertes», Léa doit-elle renforcer, alléger ou revoir sa stratégie pour rester investie dans la transition énergétique? ( crédit photo : Getty Images )
Sommaire:
- Léa, une investisseuse engagée face à un secteur qui doute
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Valeurs vertes: une correction brutale après l’euphorie - Des fondamentaux toujours solides mais un marché plus sélectif
- Un cycle long plutôt qu’un simple «trou d’air»
- Comment Léa repositionne ses investissements
- Conclusion: croire encore, mais autrement
Léa, une investisseuse engagée face à un secteur qui doute
Léa, 33 ans, travaille dans le numérique et investit depuis une dizaine d’années une partie de son épargne sur les marchés financiers. Au départ, son portefeuille est assez classique: quelques ETF mondiaux (c’est-à-dire des fonds indiciels cotés en Bourse qui répliquent la performance d’un indice), un peu d’actions européennes, et une gestion assez prudente construite au fil de ses premiers revenus stables. Progressivement, elle a affiné ses choix et a commencé à intégrer une dimension plus personnelle à ses placements. Léa est particulièrement attentive aux enjeux climatiques et à la transition énergétique . Le secteur des énergies renouvelables fait pleinement partie de ses «convictions» en matière d’investissement.
À partir de 2020, Léa renforce cette exposition, portée par l’euphorie de marché autour des valeurs vertes. Elle investit dans des acteurs du solaire, de l’éolien et des ETF clean energy qui ont alors connu des envolées spectaculaires. Quelques années plus tard, le sentiment est contrasté. Une partie de ses lignes est en forte baisse, parfois nettement sous ses prix d’entrée. Léa commence à regarder différemment ce secteur qu’elle pensait plus linéaire. Ce qui était une évidence de long terme devient un objet de doute sur le court et moyen terme. La situation l’oblige à réinterroger non pas sa conviction, mais la manière dont elle l’exprime en Bourse.
Valeurs vertes: une correction brutale après l’euphorie
La période 2020-2022 a marqué un emballement spectaculaire autour des valeurs vertes. Dans le sillage de la pandémie de Covid 19, les grandes puissances injectent des centaines de milliards dans la transition énergétique. L’Union européenne déploie son plan NextGenerationEU et ses 275 milliards d’euros d’investissements verts . Aux États-Unis, l’Inflation Reduction Act promet quelque 370 milliards de dollars de soutien à l’industrie bas carbone sur les dix prochaines années. En Bourse, les ETF spécialisés dans les clean tech enregistrent des performances fulgurantes, tandis que certaines stars du secteur deviennent de véritables phénomènes de marché. Le danois Ørsted voit ainsi sa valorisation démultipliée. Aux États-Unis, Enphase Energy ou First Solar s’imposent comme les grands gagnants du boom solaire. À l’époque, Léa voit certaines de ses lignes doubler, parfois tripler.
À partir de 2022, la donne change brusquement. La période post-Covid et le déclenchement de la guerre en Ukraine ont provoqué le grand retour de l’inflation dans le paysage économique mondial, tirant les taux d’intérêt mondiaux à la hausse. Cela a rendu plus coûteux le financement des projets longs et capitalistiques et mécaniquement pesé sur les valeurs de croissance, souvent très endettées ou valorisées sur des anticipations lointaines. Le secteur des énergies renouvelables a en outre fortement subi la hausse des coûts des matières premières, de l’acier aux composants électroniques. Par exemple, le prix du polysilicium avait explosé de 270 % entre janvier 2021 et l’été 2022 , renchérissant la production photovoltaïque mondiale. Dans le même temps, les ventes ont ralenti en Europe et aux États-Unis, pénalisées par des incertitudes macroéconomiques et des réseaux parfois saturés, creusant fortement les marges des industriels.
La purge boursière a été brutale. Le géant Ørsted, considéré comme le champion incontesté de l’éolien offshore mondial, culminait à plus de 1300 couronnes danoises début 2021, avant de voir son cours dévisser d’environ 80%, à 300 couronnes danoises courant 2024. De façon générale, les «pure players» (spécialistes du solaire ou de l’éolien isolé) ont souvent baissé d’environ 50% sur la période. Les grands indices du secteur ont aussi souffert: ICLN (ETF iShares Clean Energy) reculé d’environ 20% en 2023 et près de 26% en 2024.
Des fondamentaux toujours solides mais un marché plus sélectif
Ce qui interroge Léa, c’est la contradiction apparente du secteur. Malgré l’effondrement de nombreuses valeurs vertes depuis 2022, la transition énergétique, elle, ne ralentit pas. Les besoins électriques mondiaux continuent d’exploser sous l’effet de l’électrification de l’économie, des data centers et de l’intelligence artificielle. Les États maintiennent leurs objectifs climatiques et les investissements industriels restent massifs.
D’après un étude de l’IEA (International Energy Agency)
, les capacités mondiales solaires et éoliennes pourraient encore quasiment doubler d’ici 2030, à 4600 gigawatts, avec le solaire et l’éolien comme moteurs quasi exclusifs de cette croissance.
Derrière la grande thématique «énergies renouvelables», les situations financières des entreprises divergent fortement. Les grands producteurs d’électricité intégrés, capables de générer des revenus récurrents grâce à leurs infrastructures déjà en service, résistent relativement bien. Des groupes comme NextEra Energy ou Iberdrola continuent par exemple de sécuriser des contrats de long terme et de produire du cash-flow malgré la volatilité boursière. À l’inverse, les équipementiers et les pure players restent beaucoup plus fragiles. Enphase Energy a ainsi subi un violent ralentissement du marché solaire résidentiel américain, avec un chiffre d’affaires 2024 en forte baisse, même si le groupe conserve encore des marges élevées. Même logique pour Ørsted: la valorisation boursière a été sacrifiée, mais le groupe conserve un portefeuille considérable de projets offshore à long terme.
Pour Léa, la question devient alors moins idéologique que financière: toutes les entreprises de la transition énergétique ne traverseront pas ce cycle de la même manière. Le marché ne rémunère plus une promesse abstraite de croissance verte. Il distingue désormais les acteurs capables d’absorber la hausse des taux d’intérêt , c’est-à-dire de supporter un coût de financement plus cher, de préserver leurs marges et de financer leurs investissements sans dépendre d’un argent quasi gratuit.
Un cycle long plutôt qu’un simple «trou d’air»
Le mouvement en cours relève moins d’un accident de marché que d’un changement de régime. Les énergies renouvelables restent une thématique de long terme, mais leurs valorisations sont particulièrement sensibles au coût du financement. Lorsque les taux d’intérêt augmentent, les projets deviennent plus coûteux à financer et les investisseurs se montrent plus exigeants sur la rentabilité attendue.
Léa ajuste donc sa grille de lecture. Elle ne raisonne plus en termes de «secteur gagnant» ou de «secteur perdant», mais cherche à identifier les entreprises capables de traverser un environnement de taux durablement plus élevés. Le cycle actuel agit davantage comme un filtre que comme une remise en cause de la transition énergétique elle-même. Certaines entreprises disposent déjà d’activités rentables et de revenus récurrents, tandis que d’autres restent fortement dépendantes de la croissance future ou des conditions de financement.
Comment Léa repositionne ses investissements
Léa conserve une exposition aux producteurs d’électricité déjà rentables. Ces entreprises, souvent qualifiées d’«utilities intégrées», produisent, transportent et distribuent de l’électricité. Elles s’appuient sur des infrastructures déjà en exploitation et sur des contrats de long terme qui leur procurent des revenus relativement prévisibles. Cette visibilité leur permet généralement de générer des flux de trésorerie réguliers (on parle de cash-flows), c’est-à-dire de l’argent effectivement encaissé grâce à leur activité.
À l’inverse, Léa réduit progressivement son exposition aux équipementiers industriels. Ces entreprises fabriquent notamment des éoliennes, des panneaux solaires ou des équipements destinés aux infrastructures énergétiques. Leur activité dépend davantage du rythme des nouveaux investissements réalisés par leurs clients, ce qui les rend plus sensibles aux ralentissements économiques et à la hausse du coût du financement.
Enfin, elle se montre plus prudente vis-à-vis des entreprises dont le développement repose encore largement sur des subventions publiques, des levées de capitaux fréquentes ou des perspectives de croissance lointaines. Dans un contexte où l’argent est plus coûteux, ces modèles économiques apparaissent plus vulnérables
Conclusion: croire encore, mais autrement
Finalement, Léa ne renonce pas à ses convictions. La transition énergétique reste, pour elle, un mouvement de fond trop structurant pour être ignoré. En revanche, elle accepte de modifier sa façon d’investir. L’époque où un simple positionnement «vert» suffisait à capter la performance est révolue. Désormais, elle privilégie une logique plus sélective, presque industrielle: des producteurs solides pour la stabilité, des équipementiers pour le cycle, et quelques pure players conservés comme pari contrôlé sur le long terme. Un portefeuille plus construit, où la thématique ne suffit plus à justifier l’investissement. Pour Léa, la leçon est claire: le secteur n’a pas cessé d’être prometteur, il est devenu exigeant. Et dans un environnement de taux normalisés, ce sont moins les histoires de croissance qui comptent que la capacité réelle des entreprises à les financer.
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